Client en liquidation ou redressement judiciaire : déclarer sa créance à temps
Un client dépose le bilan et vous doit une facture ? La déclaration de créance en liquidation judiciaire répond à un délai strict. Voici comment agir sans le rater.

Vous apprenez qu'un client est placé en redressement ou en liquidation judiciaire, et il vous doit encore une ou plusieurs factures. La bonne nouvelle : tout n'est pas perdu. La mauvaise : pour espérer être payé, même partiellement, vous devez effectuer une déclaration de créance en liquidation judiciaire (ou en redressement) auprès du mandataire, et ce dans un délai strict. Passé ce délai, vos droits deviennent beaucoup plus difficiles à faire valoir. Voici la procédure à suivre, étape par étape.
Pourquoi devez-vous déclarer votre créance
Dès qu'un tribunal ouvre une procédure de sauvegarde, de redressement judiciaire ou de liquidation judiciaire contre une entreprise, tous ses créanciers antérieurs au jugement — c'est-à-dire ceux dont la créance est née avant cette date — doivent se faire connaître auprès du mandataire judiciaire ou du liquidateur désigné. Cette formalité s'appelle la déclaration de créance. Elle est prévue par le Code de commerce et s'applique que votre client soit en redressement judiciaire (avec l'espoir d'un plan de continuation) ou en liquidation judiciaire (cessation d'activité et vente des actifs) : dans les deux cas, si vous voulez avoir une chance de récupérer tout ou partie de votre argent, vous devez déclarer.
C'est une différence de fond avec les procédures classiques de recouvrement. Si vous avez l'habitude de gérer un client qui ne paie pas sa facture et ne répond plus par la relance amiable puis la mise en demeure, ici la logique change : vous ne négociez plus avec votre client, vous vous adressez à un professionnel désigné par le tribunal, dans un cadre collectif où tous les créanciers sont traités selon des règles précises.
Le délai pour déclarer sa créance en liquidation judiciaire
Le délai de déclaration court à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales), et non à partir du moment où vous en êtes informé personnellement. Ce délai est court : il se compte en semaines, pas en mois de battement. Un délai supplémentaire est prévu pour les créanciers domiciliés hors de France métropolitaine, mais pour l'immense majorité des TPE et PME françaises, la règle est simple : il faut agir vite, dès que vous avez connaissance de la procédure.
- Le délai part de la publication au BODACC, pas de votre prise de connaissance personnelle.
- N'attendez pas d'être contacté par le mandataire : la démarche vous incombe.
- En cas de doute sur le délai précis applicable à votre situation, un professionnel du droit (avocat, expert-comptable) peut le confirmer rapidement.
Nous ne donnons pas ici de chiffre précis en jours ou en semaines car ce délai figure dans le Code de commerce et peut évoluer : vérifiez-le systématiquement sur Légifrance ou auprès d'un professionnel au moment où vous en avez besoin, plutôt que de vous fier à une information qui pourrait être obsolète.
Comment déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire
Déclarer créance auprès du mandataire judiciaire (en redressement) ou du liquidateur (en liquidation) suit une logique précise. Voici les étapes concrètes :
- Identifiez le mandataire ou le liquidateur désigné : son nom et ses coordonnées figurent dans l'avis publié au BODACC ou dans le jugement d'ouverture.
- Rassemblez vos justificatifs : factures impayées, bons de commande, contrat, éventuelles relances déjà envoyées, mise en demeure si vous en avez adressé une.
- Indiquez précisément le montant de votre créance : principal, et le cas échéant intérêts ou pénalités contractuelles prévues.
- Envoyez votre déclaration au mandataire ou au liquidateur, en lettre recommandée avec accusé de réception, ou via la plateforme en ligne dédiée si le mandataire en propose une.
- Conservez soigneusement la preuve d'envoi et l'accusé de réception : c'est votre seule preuve que vous avez respecté le délai.
Ce travail de rassemblement de preuves est nettement plus simple si vous avez conservé un historique clair de vos échanges avec le client : dates de facturation, relances envoyées, réponses reçues. C'est l'un des bénéfices secondaires d'une relance téléphonique d'une facture impayée bien documentée ou d'un suivi automatisé des relances : le jour où vous devez monter un dossier de déclaration de créance, tout est déjà tracé.
Créances antérieures et créances postérieures au jugement
Seules les créances nées avant le jugement d'ouverture suivent cette procédure de déclaration. Si votre facture correspond à une prestation réalisée après l'ouverture de la procédure (par exemple parce que vous avez continué à livrer ou à travailler pour ce client pendant le redressement), elle relève d'un régime différent, généralement plus favorable au créancier. Ne mélangez pas les deux : en cas de doute sur la date de naissance de votre créance, faites-vous confirmer par le mandataire dans quelle catégorie elle se situe.
Que se passe-t-il si vous ratez le délai de déclaration ?
Une créance non déclarée dans les temps est en principe frappée de forclusion : vous perdez le droit de participer aux répartitions issues de la procédure collective. C'est la sanction la plus lourde de ce dispositif, et elle explique pourquoi il ne faut jamais laisser traîner ce dossier.
Il existe toutefois une possibilité de relevé de forclusion, à demander au juge-commissaire, si vous pouvez démontrer que votre retard n'est pas dû à votre propre négligence — par exemple si le débiteur a omis de vous mentionner dans la liste des créanciers qu'il doit remettre au mandataire. Cette voie de recours est elle-même encadrée dans le temps et n'est pas automatique : consultez un avocat rapidement si vous découvrez tardivement une procédure ouvrant contre un client. Rater le délai initial ne signifie donc pas nécessairement perdre définitivement toute chance d'être payé, mais cela complique sérieusement votre situation.
Comment repérer à temps qu'un client est en difficulté
La meilleure façon d'éviter de rater un délai de déclaration de créance est de savoir le plus tôt possible qu'une procédure collective a été ouverte contre un client. Le BODACC est la source officielle de cette information : mettre en place une veille sur vos principaux clients ou sur les entreprises avec lesquelles vous travaillez régulièrement à crédit vous permet d'être alerté dès la publication du jugement, sans attendre une lettre du mandataire qui peut prendre du temps à vous parvenir.
En amont, le meilleur levier reste la prévention : plus vous relancez vos factures rapidement et systématiquement, moins vous accumulez d'encours important sur un client qui finit par déposer le bilan. Une entreprise qui glisse vers la défaillance montre souvent des signes avant-coureurs — retards de paiement répétés, silence aux relances — que l'on détecte mieux avec un suivi rigoureux et automatisé qu'avec des relances ponctuelles et manuelles.
- La déclaration de créance est obligatoire pour tout créancier antérieur au jugement d'ouverture.
- Le délai court dès la publication au BODACC, pas depuis votre information personnelle.
- La déclaration se fait auprès du mandataire ou du liquidateur, en LRAR ou via une plateforme dédiée, avec tous vos justificatifs.
- Un délai raté n'est pas toujours définitif : un relevé de forclusion peut être demandé au juge-commissaire dans certains cas.
- Surveillez le BODACC sur vos clients à risque pour ne jamais être pris au dépourvu.
Faut-il tout de même relancer un client en procédure collective ?
Non : une fois la procédure ouverte, il ne sert à rien de continuer à relancer directement le dirigeant de l'entreprise débitrice comme vous le feriez pour un client en redressement judiciaire impayé hors procédure collective. Le paiement de vos anciennes factures ne dépend plus de sa seule volonté : il est encadré par le mandataire et par les règles de répartition de la procédure. Concentrez votre énergie sur la déclaration de créance elle-même, qui est la seule action qui compte à ce stade, et laissez le mandataire gérer la suite. Si le client a par ailleurs des dettes en cours non liées à cette procédure, ou si une autre relation commerciale se poursuit, chaque situation doit être traitée séparément avec, si besoin, l'aide d'un professionnel du droit.
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